dimanche 11 octobre 2015

Philosophie / Les LLCE devraient être démantelées et l'Université libérée

La Licence et les Masters de Langues, Littératures et Civilisations Etrangères sont consacrés à l'étude et à la transmission de connaissances artistiques (à 90% littéraire), historiques, et de plus en plus largement vers les Sciences Humaines et Sociales (que j'abrégerai ici par "SHS"), avec l'objet anglophone comme seul véritable critère.

Une plateforme pseudo-professionnalisante

Le souci central de la formation LLCE est qu'elle est fondamentalement calquée sur les concours d'enseignement (en particulier le CAPES et l'Agrégation). Il s'agit donc surtout d'un aller-simple professionnel et non d'une base concrète pour d'autres finalités professionnelles (e.g. traduction, interprétariat, journalisme...) sur le CV. Somme toute, la visée essentielle de la LLCE en fait une formation fermée et aux sphères sociales d'influence peu nombreuses. Un autre défaut apparent est qu'elle dépend de l'Etat. Ce sont des arrêtés (car, au passage, l'exécutif a convention d'imposer anti-démocratiquement toutes les mesures scolaires) qui dictent les grandes lignes thématiques des disciplines enseignées. La LLCE est donc partiellement enchaînée à un conservatisme unificateur au niveau national.

Une formation impertinente

 Les coefficients attribués à la Linguistique Générale, la phonologie, la syntaxe, la Théorie des Opérations Enonciatives, la Grammaire Métaopérationnelle etc sont tout à fait à côté de la plaque. A moins que l'étudiant devienne lui-même linguiste les connaissances transmises seront laborieusement, pour ne pas dire absolument, inapplicables dans son métier d'enseignant. Ceux qui penseront à la grammaire anglaise dans le secondaire devrait savoir qu'elle est actuellement en exclusion des méthodes préconisées. D'un certain point de vue, la formation et les concours sont en décalage avec l'après-concours. Un autre contraste évident avec le réel: la seule suite de la LLCE Anglais constitue, à quelques exceptions parisianistes, un choix "A ou B" entre "Master MEEF* -> CAPES" et "Master Recherche (= débrouillardise pour l'agrég', le doctorat et la maîtrise de conférences"). Soit, l'arène aux enfants OU la traversée du combatant. La continuité de la licence est donc potentiellement définitive si le premier choix est MEEF. Pour reprendre les propos d'un professeur de ma connaissance: "L'Etat vous contraint à choisir. A savoir, si vous êtes "intello" ou "pas intello"". 

Incohérence dans l'épistémologie interne 

Plusieurs et de plus en plus de départements d'Anglais ou d'Etudes Anglophones tendent vers une ouverture (qu'ils qualifieraient de "postmodernistes" en citant leurs mentors philosophiques) à tous les domaines artistiques et métaphysiques. L'objectif est donc la déconsidération des vieilles distinctions entre la culture dite "populaire" et celle dite "élitiste" (ou "culture" sans adjectif). En effet, il relève désormais du truisme de remarquer que la musique populaire, le cinéma, la télévision, la radio et la bande-dessinée y sont désormais reconnus comme des expressions artistiques au même titre que la littérature et la mise en scène théâtrale. Cependant, et si ce principe était clairement pratiqué, il n'est pas impertinent de se demander pour quelle raison la bande-dessinée serait réservée à la spécialisation dite "Littérature" par rapport aux musiques populaires, cinéma, télévision et radio rattachés à la "Civilisation". Ceci n'est que le vestige inavoué d'une hiérarchie des arts, et donc la preuve d'une mauvaise foi idéologique. D'autre part, le message implicite demeure que les études de littérature et de linguistique sont dépourvues d'impact éventuel sur la dite "Civilisation". Autrement dit, la société civile. Cependant, il s'agit ici d'un problème propre à ces départements qui n'a d'importance que si les structures concernées sont conservées. Soit, un souci d'intérêt secondaire.

Le particularisme anglophone 

En effet, c'est bien la présence de la langue anglaise comme seul critère qui pose un problème d'orientation intellectuelle au niveau institutionnel. Je me réfère ici au privilège absurde d'explorer toutes les études métaphysiques et artistiques imaginables à partir du moment où elles sont basées sur de la matière d'expression anglaise. Ceci provoque inévitablement l'absence de passerelle formatrice en ce qui concerne les spécialisations en SHS ou en critique artistique. De plus, cela intensifie ainsi le flou intellectuel déjà occasionné par les faibles mérites spéculatifs de nombres de mémoires et doctorats débiles en SHS. En second lieu, nombres d'enseignants-chercheurs de LLCE frôlent les enseignements simplistes, pour ne pas dire fréquemment l'incompétence, en utilisant la fameuse langue étrangère, qu'ils ne maîtrisent pas, et feraient donc mieux de transmettre leurs connaissances en français. Et pourquoi la présence de telles incompétences ? Car les aptitudes intellectuelles des lauréats du CAPES et de l'Agrégation ne sont jamais assurées. Et aussi, peut-être, parce que le mémoire de Master 2 et la thèse de doctorat sont rédigés en français et ne témoignent d'aucune capacité en ce qui est de la maîtrise de la langue. Si la matière anglophone est le seul critère alors pourquoi la maîtrise de l'anglais n'en est-elle pas un ?! Enfin, en une question: de quel droit les conférences de littérature américaine devraient-elles accessibles uniquement en langue anglaise ? 


Ma solution 

1)Couper le lien mortifère entre concours et formation. Si la France veut garder sa tradition singulière, et à l'intérêt sans doute disputable, du concours d'enseignement, alors une seule compétition, principalement basée sur la maîtrise de la langue, devrait mener à l'enseignement secondaire. Et une autre distincte, et intellectuellement plus ouverte et exigeante, consacrée au recrutement dans l'enseignement supérieur.

2)La fin de la binarité obligatoire entre la structure dite "département" et les parcours envisageables, c'est-à-dire un morcellement redistributeur des disciplines afin de mieux assurer la liberté en termes de polyvalences personnelles possibles. Exemples: Anglais + Histoire; Anglais + Littérature; Anglais + Linguistique etc). "Anglais" ne devrait être qu'un ensemble restreint pour la transmission de la langue (Grammaire, Langue Orale, Expression Ecrite, éventuellement Traduction et Interprétation) et non une formation en elle-même telle que la LLCE. Il ne s'agirait pas non plus de copier le système anglo-saxon. Ceci car, en premier lieu, les concepts de B.A. et de Licence de Lettres diffèrent sensiblement à cause d'écarts culturelles (qu'ils qualifieraient de "liberal") très difficiles à aligner. Puis, en second lieu, il s'agirait plutôt d'être bien plus intellectuellement, et ainsi professionnellement, libertarien que ce système. Ce dernier n'est d'ailleurs en rien parfait et souffre également de lacunes malgré une présence nettement plus banalisée des doubles-licences. 


La synthèse de mes observations et propositions n'est que le détachement de l'université par rapport à l'Etat. Il s'agirait de développer un temple intellectuel apolitique et gagnant ainsi, bien évidemment, en libertés d'expression, de création, de formation, voire d'interaction avec le marché de l'emploi. Un des risques majeurs de mon manifeste demeure la logique capitaliste que l'Etat, se voyant incapable de contrôler l'université, refuse de la financer en retour (et qu'elle se retrouve ainsi (semi-)privatisée de manière similaire aux environnements compétitifs des établissements anglosphériques).

*L'arrêté gouvernemental de 2013 qui a imposé le Master Métiers de l'Enseignement, de l'Education et de la Formation aux universités est d'ailleurs une énième idiotie inutile: 
. Si tu l'emportes au concours CAPES (concours des profs en collège ou lycée généraux) sans être inscrit en Master MEEF alors on te fait sauter ta certification au bout d'un an. Comme ça, sans raison. Tu n'as donc pas le droit d'obtenir un vrai poste en collège ou lycée sans te manger deux ans de "Sciences de l'Education" (un des bourgeons pas mûrs les plus récents de l'arborescence incessante des SHS; tu y apprendras notamment que mettre deux doigts sur la table en arrivant en cours fait supposément taire les élèves les plus excités comme par magie). 
. Si tu n'obtiens pas le CAPES du premier coup on te déconseille de passer en M2 car tu n'y auras plus le droit de suivre les cours sur la session suivante du concours. Ceci sans raison apparente non plus. 


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